Acerca de

Livret

Comment faire advenir de petits miracles de dénouement dans la vie du lecteur décidé à tenter dans certaines situations humaines difficiles, une opération de la dernière chance.

 Après quelques années d’exercice de l’accompagnement du changement, j’ai souhaité prendre le temps d’écrire ce livret.

 

La maturité aidant, il m’a semblé que le temps était venu de partager ce qui m’avait été offert, de donner une portée plus large à ce que je pense avoir appris, que celle de mon exercice professionnel quotidien.

J’ai aussi souhaité prendre le temps d’écrire ce livret afin de mettre à l’épreuve le modèle avec lequel je pratique et tenter de vérifier sa capacité à être transmis, de manière simple, au moins pour ce qui est de son usage possible dans la vie de tous les jours, auprès de n’importe qui prêt à tenter de mettre en œuvre, face à des difficultés souvent complexes quand elles sont d’ordre relationnel, d’autres solutions que les habituelles.

 

Je ne suis pas certaine d’y parvenir, je dois l’avouer.

L’apprentissage de ce modèle et de l’art de sa pratique est un parcours long et plutôt douloureux.

Pour ce qui me concerne en tout cas, cela a été le cas. Ce modèle qui vise à agir de façon économique et écologique, pour remettre du mouvement dans des situations humaines particulièrement bloquées et bloquantes, est difficile à comprendre et à manier.

 

C’est évidemment parce qu’il est difficile de faire simple et efficace que cet apprentissage demande du temps et de la pratique, d’autant qu’il mène à procéder à l’inverse de nos usages appris.

C’est bien parce qu’il impose de négocier avec cette croyance répandue qui est de considérer qu’une difficulté, un problème humain qui met en échec, malgré toute la bonne volonté, l’intelligence, la sensibilité et les tentatives de solution multiples pour le résoudre nécessite forcément d’y appliquer une « médecine » à sa mesure : longue, complexe, pénible, obscure par un praticien doté de qualités, voire d’un don, exceptionnel, dont il doit faire la démonstration de préférence de manière ostensible.

Or, l’art du praticien en « solutions paradoxales » consiste justement pour aider son client à retrouver de la liberté et du bien-être dans le système humain dans lequel il se trouve coincé, à appliquer la plus petite intervention possible, la plus juste parce que la plus économique en énergie de changement et en perturbations.

C’est en ce sens qu’elle est aussi qualifiée d’écologique.

 

Ce livret n’a donc pas vocation à former des praticiens du modèle.

Il y a pourtant je l’imagine et l’espère, un moyen d’y entrer à petits pas, par quelques portes ouvertes à la dérobée, quelques clés que les lecteurs et lectrices adopteront du moins pour certains, sûrement par jeu d’abord, et peut-être ensuite par conviction qu’elles sont dans certaines circonstances plus efficaces que d’autres.

Je ne crois pas qu’il faille aux lecteurs, à la lectrice, apprendre ce que je vais essayer de transmettre.

Je ne voudrais pas leur laisser à penser qu’ils ou elles se sont trompés en quoi que ce soit jusqu’à présent, cela en aucune façon.

Il y a par contre des moments dans la vie où nous sommes terriblement las ou anxieux, où nous sommes tristes, abattus ou exaspérés, perdus quand nos efforts s’avèrent vains pour régler des problèmes persistants ou récurrents.

 

Je crois qu’il faut à la lecture de ce livret laisser les choses qui pourront prendre leur place dans la vie, faire leur travail toutes seules, ici et maintenant, dans le présent de l’action, dans le présent de la vie.

Et peut-être le relire à l’occasion, dans d’autres circonstances et pour d’autres besoins.

Dans ma vision idéale, la lecture ou le feuilletage de celui-ci devrait pouvoir agir comme le ferait un praticien du paradoxe, c’est-à-dire sans forcer, sans normaliser, sans affubler de diverses étiquettes pathologiques les situations problématiques, sans faire culpabiliser ou distribuer de bons ou mauvais points à qui que ce soit.

 

J’espère réussir à faire de cette lecture un moment aussi plaisant que possible, comme une petite visite inattendue du côté pile de la pièce, à contre sens de certains de nos comportements habituels, à rebours aussi de cette pourtant si bonne idée qui est que « quand on veut, on peut » : si celle-ci nous encourage souvent à bas bruit à nous engager pleinement dans notre vie, elle peut aussi en d’autres occasions nous pousser à reproduire malgré nous des solutions qui s’avèrent dans certaines situations au mieux inefficaces, au pire aggravantes.

Ce sont alors les solutions que l’on tente vigoureusement d’appliquer qui finissent par rendre la situation absolument inextricable.

Ce sont nos tentatives de solution qui deviennent un problème.

Je vous souhaite donc une bonne visite guidée dans ce curieux monde de la pensée paradoxale.

 

CHAPITRE 1: { QUE FAIRE ? }

QUAND L’EMPATHIE NOUS JOUE DES TOURS

 

Pourquoi commencer cette histoire par l’empathie ?

 

L’empathie … Nous connaissons ce sentiment. Nous en entendons (souvent) parler et peut-être en parlons-nous régulièrement. C’est assez évident que la notion a fini par occuper une place de choix dans la pensée commune (probablement derrière la résilience, mais quand même en bonne place).

Nous sommes de ceux qui la ressentent souvent, peu, de trop ou pas assez.

Nous sommes jugés sur le fait de l’avoir manifestée, à bon escient, ou pas.

Nous apprenons aux enfants à en faire un minimum de preuve.

Les soignants apprennent pour leur part à s’en protéger.

 

Pourtant, je ne saurais pas trop dire exactement pourquoi il m’est venu assez vite à l’esprit qu’une des portes d’entrée efficaces dans la présentation du modèle serait d’exposer le plus simplement possible les risques que comporte le fait d’adopter avec excès cette vertu pourtant reconnue qu’est l’empathie.

Peut-être que c’est tout simplement parce que lorsqu’on accompagne des personnes qui rencontrent des difficultés suffisamment importantes pour faire le pas de consulter un spécialiste, il s’agit là du premier réglage à effectuer pour trouver la bonne posture à adopter en tant que thérapeute, autrement dit la bonne distance - ni trop près ni trop loin - par rapport à l’inconfort moral, la douleur psychique dont la personne qui vient consulter souhaite ardemment se débarrasser.

Peut-être, oui, est-ce pour cette raison.

Mais cela ne me semble pas suffisant pour justifier de vous faire, vous lecteurs pleins de curiosité, débuter cette visite dans laquelle vous vous êtes embarqués, par une notion qui ne se présente pas a priori comme une situation problématique.

Bien sûr, il arrive que l’on consulte avec ce souci en tête : voulez-vous bien m’aider à régler mon problème d’empathie ou avec l’empathie. Il arrive aussi parfois qu’au cours d’une Conversation*, les difficultés rencontrées soient justifiées à un moment par le trop-plein ou, plus rarement, l’absence, de cette disposition dans l’accueil, l’écoute ou le rapport au monde.

 

Néanmoins, peut-être que, si je m’interroge plutôt sur le comment cette idée m’est venue plutôt que pourquoi celle-ci plutôt qu’une autre, est-ce plus certainement parce qu’en étant branchée sur les bruits du monde, du mien en tout cas, il m’est apparu assez évident que c’était enclenché - je ne saurais pas dire exactement quand - pour un nombre très conséquent de personnes, une véritable compétition pour décrocher la médaille d’or de l’empathie.

Et que dans cette compétition pour pouvoir un jour se parer de la version la plus pure, la plus puissante, la plus exceptionnelle de cette qualité, j’ai pu observer non seulement des paroles s’épuiser à justifier un tel excès, mais surtout le précipice s’ouvrir devant les compétiteurs et leurs supporters, tous animés pourtant des meilleures intentions possibles.

 

Je vais donc commencer par tenter d’expliquer en quoi et comment trop d’empathie peut nuire, dans un certain contexte, à la qualité des interactions entre des personnes.

* j’utiliserai dorénavant le mot Conversation avec une majuscule pour signaler qu’il désigne un entretien à but thérapeutique mené selon le modèle d’intervention paradoxale.

 

Écouter sans empâter

Nous adorons les séries à succès qui braquent la lumière sur des héros qui en sont dépourvus, et dont l’anomalie constitue une réserve inépuisable de situations graves ou cocasses pour les auteurs de fiction. L’empathie est devenue de nos jours le marqueur d’humanité quasi absolu.

Il y a pourtant un risque que nous ignorons, plus banal que celui-ci et pourtant quotidien : Que peut-il se passer pour l’autre, les autres, quand nous les « empâtons » de trop ? Et réciproquement, que ce passe-t-il pour nous quand une bonne âme nous écoute, trop ou, serait-on tenté de dire, trop bien ?

 

 Petite anecdote personnelle pour illustrer mon propos …

 

« Quand une armée se lève au secours d’un cœur brisé »

 

Je vais donc m’autoriser maintenant à vous raconter cette anecdote tirée d’une histoire qui m’est réellement arrivée lorsque j’avais une trentaine d’années.

À ce moment de ma vie, j’étais très mal en point. Je venais de me faire « salement » larguée - c’est du moins l’expression qui me vient à l’instant où j’écris, à propos de mon ressenti de l’époque.

Mon amoureux était en effet parti du jour au lendemain pour faire le tour du monde en bateau à voile, sans espoir de retour à moyen terme et sans égard pour notre relation vieille de quelques mois déjà (ce qui à cet âge compte).

En un mot, j’avais le cœur brisé et j’étais tout à fait désespérée. Un ami m’avait gentiment enregistré une cassette audio (vous savez, ce truc avec deux trous crantés, une bande magnétique qui pouvait se débobiner à tout moment, et qu’on insérait dans un magnétophone), intitulée fort opportunément et non sans malices « K7 against blues ».

Les morceaux choisis en imprégnant l’atmosphère des notes déchirantes tirées des cuivres des standards du Blues m’offraient au minimum le sentiment de ne pas être totalement seule dans la peine.

Mais les semaines passant, c’était l’été, ma douleur prenait, sous le soleil des vacances, des allures inquiétantes. C’est alors, qu’un jour, débarque chez moi une petite troupe de jeunes femmes de mon âge, probablement diligenté par une amie commune, je ne me souviens plus, et qui s’était visiblement données le mot pour tenter de me sortir du gouffre dans lequel je m’abîmais.

Combien de temps sont-elles restées ? Je ne sais pas. Ce dont j’ai le souvenir, aussi net que cuisant, c’est qu’une fois la porte refermée sur leur passage, ma douleur était devenue proprement intolérable.

 

Que s’était-il donc passé ?

 

Ces personnes, toutes bien intentionnées qu'elles aient été, avaient à tour de rôle pris le temps de partager avec moi leurs propres peines de cœur, les déchirements amoureux qu’elles avaient traversés, me prenant à témoin de l’injustice crasse dont la vie pouvait preuve et du courage qu’il fallait déployer pour surnager.

Ces témoignages avaient de toute évidence pour but de faire entrer mon expérience personnelle dans une émotion commune et partagée, et constituaient des tentatives de me consoler en me prenant à témoin de l’immaturité grossière dont les hommes savaient parfois faire preuve, tout en faisant dans le même mouvement, la démonstration de la capacité de renaissance et de reprise en main de mon existence, dont je ne manquerai pas, comme cela avait été le cas pour chacune d’elles, de faire preuve très bientôt.

Pourtant, mon angoisse s’était aggravée un peu plus de minutes en minutes, des instants qui m’ont semblé durer des heures.

Noyée dans ce flot de peines communes et de conseils pour m’en sortir, j’étais restée muette, en boucle dans ma tête, ressassant les moindres détails de mon malheur, incapable de me relier, et au final, me sentant une fois seule à nouveau, plus éloignée que jamais d’un retour possible dans le monde des "vivants" . L’opération sauvetage avait été de toute évidence un échec patent.

Je me souviens même avoir pensé après leur départ que par ma (non) réaction, je les avais déçues. Ainsi, cerise sur le gâteau, je m’en voulais, en plus, de ne pas avoir pu leur offrir ce plaisir que de les remercier par mon visible apaisement, des efforts et de l’attention qu’elles avaient consentis à mon égard.

 

Je me sentais encore plus « nulle » qu’avant, « bonne à jeter » me disais-je, ceci justifiant un peu plus à mes yeux le comportement de mon ex-amoureux. Que penser de cette histoire ? À trop vouloir bien faire, en me soutenant à leur façon, c’est-à-dire massivement, par leur nombre et la puissance des efforts fournis, ces âmes bien intentionnées m’avaient sans le vouloir privé du reste de liberté qui m’aurait peut-être permis, en partant de mon expérience intime et singulière, de construire une vision différente de la situation dans laquelle je me sentais engloutie.

En adhérant totalement à mon malheur, tel qu’il se présente, il est vrai, pour toutes personnes abandonnées, et à trop coller à la situation problématique telle qu’elles se la représentaient, et ce, encore une fois en partant d’une magnifique intention, elles avaient pris le risque de figer en moi un peu plus le « piège » dans lequel je me sentais immobilisée.

Rien n’est plus efficace dans certains cas qu’une empathie excessive, toute bienveillante soit-elle, pour embourber celui qui va mal dans sa difficulté.

Si nous sommes tous d’accord pour reconnaitre que les sentences définitives du type « Un de perdu dix de retrouvés », « maladie d’amour, maladie de la jeunesse », « tu verras, ça passe », …, ne sont rien moins que ressenti comme des agressions caractérisées, il est plus difficile de concevoir qu’une aide, attentionnée en apparence et de toute évidence, peut avoir comme effet induit d’éloigner de l’objectif premier qui est d’apporter du soulagement, du mieux être.

 

En conclusion, bien sûr, souffrance, douleur, inspirent à tout être doué de compassion, un besoin quasi irrépressible de réconforter, rassurer, apaiser (parfois, aussi, on prend plus simplement ses jambes à son cou). Heureusement que ce premier mouvement existe bien souvent, il ne se discute pas face à une douleur aigüe.

Mais dans certains cas de douleurs chroniques ou morales, s’y laisser aller risque d’augmenter la souffrance plus que de la soulager. Tout d’abord parce que les paroles de réconfort qui viennent spontanément à l’esprit peuvent être perçues par celui qui souffre comme une incompréhension de ce qu’il vit intimement, une envie de s’en débarrasser tant cela pèse.

 

Aussi, parce que face à certaines souffrances, l’idée même de soulagement est tout à fait inconcevable, lorsqu’il s’agit par exemple d’un parent qui vient de perdre un enfant, d’un malade atteint d’une maladie mortelle ou définitivement invalidante … ou encore d’un amoureux quitté.

 

Certaines grandes souffrances apparaissent comme des pertes irrémédiables.

Dans ces cas là, pour celui qui souffre, toute parole de réconfort devient, au mieux, dérisoire, et bien souvent, une insupportable sous-estimation de ce qui lui arrive.

Ainsi, nous devrions nous sentir alertés lorsqu’une trop vive envie de soulager nous fait prendre la souffrance de l’autre à bras le corps, soit en proposant telle ou telle technique, en prodiguant tel ou tel conseil, soit en imposant à l’autre le récit de nos propres souffrances.

 

CHAPITRE 2: { A NOTRE HUMBLE ECHELLE AU QUOTIDIEN}

COMMENT MODIFIER NOTRE ÉCOUTE PEUT CHANGER LE MONDE 

… à suivre

 

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